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Il fait toujours aussi beau. Çà et là dans le désert, une petite coupole et son cimetière musulman sont implantés à l'écart de tout. Le paysage a quelque peu changé. Les herbes sèches sont toujours là, mais plantée dans le sable. Les contrées traversées sont encore plus arides que la veille. A Qyzil Orda (Кзыл-Орда), éphémère capitale du Kazakhstan dans les années vingt, nous descendons photographier notre convoi. Il est toujours aussi rigoureusement à l'heure. Sur le faisceau de la gare, nous pouvons observer de nombreuses rames citernes constituées en grande partie de wagons de la compagnie estonienne EVR.
Le trajet se poursuit à voie unique comportant tout de même pas mal d'évitements. La deuxième n'a été déposée que depuis peu de temps. Pendant le trajet, les langues finissent par se délier. Les deux fransusky commence à être connus dans le train, suscitant d'ailleurs pas mal de curiosité. Les passagers échangent victuailles, paroles, jouent de longues et bruyantes parties de cartes. Un vieux couple voyageant presque debout dans le couloir profite de nos banquettes pour rattraper le sommeil perdu dans le couloir. Si parfois nous arrivons à proposer du pastis, du vin ou du saucisson à la Russe de notre compartiment, le jeune Ouzbek les refuse systématiquement, peut être à cause du Ramadan. J'arriverai quand même à lui offrir une cigarette que nous irons griller à l'extrémité de la voiture, transformée en parloir et fumoir. Le serveur propose toujours ses chachliks, les vendeurs proposent des mosquées en plastique bleu ou rose hurlant un muezzin très synthétique à l'heure de la prière. Venera (Венера), la Tatare qui voyage dans la même voiture que nous vient de temps en temps discuter en anglais ; parfois, elle nous aide à remplir les formulaires.
Lors de l'arrêt de Iany Kurgan (Яниь Курган) au PK 3001, un autre train de sens inverse stationne déjà. Sur le quai règne une belle agitation : bières, chocolat, beignets, grands poissons séchés sont à vendre. Je photographie cette scène sans apercevoir deux flics en civil. Il y a un qui me montre sa carte, m'expliquant qu'il est hors de question de faire de faire des photos. Je remballe mon reflex sans protester ni poser de question. Le train repart enfin, pensant ainsi être " libéré "… mais moins de deux minutes après, la Police débarque dans le compartiment réclamant passeport et caméras. Pour les papiers, je ne fais pas d'objection, mais pour l'appareil je suis plus réticent. Vu l'insistance, je suis obliger de céder. En fait, l'agent cherchait un caméscope, et il ne peut que constater l'absence d'un tel appareil. Il visionnera les photos sur le numérique de Christopher, sans pouvoir dire quoi que ce soit, les clichés ayant été pris en Russie. Nous lui expliquons que sommes deux conducteurs faisant du tourisme dans le coin. Tout rentre dans l'ordre, sans bakchich, ni pellicule arrachée. Ouf !
PK 3063, le paysage est toujours aussi plat, toujours aussi sec. Vers l'ouest, quelques montagnes pointent au loin à travers les brumes de chaleurs. Plus nous avançons, plus les commerçants sont nombreux dans le train, proposant pantalons, serviettes, bouffe, change de monnaie. Quel joyeux bordel !
A l'approche de Turkestan (Туркестан), les champs irrigués pour la culture du coton se font de plus en plus nombreux, contrastant avec les couleurs monotones du désert. Le paysage se vallonne à mesure que le jour baisse. Nous arrivons à la gare de bifurcation d'Arys (Арысь) d'où la ligne d'Alma Ata se détache et où nous retrouvons la caténaire et la double voie. La VL8s-2400 des KXZ prend la tête du convoi pour 70 km. Nous croisons à nouveau de nombreux train de marchandises. Chengeldy (Ченгельды), nouvel échange de locomotive entre la VL 80 kazakhe et la VL 80 ouzbek. Nous repartons pour quelques kilomètres et nous arrivons à la frontière. Et c'est repartit pour deux heures de visites, d'inspections, etc. ! Il faisait jour en arrivant, il fait nuit en repartant.
Nouvel arrêt un peu plus loin pour le même genre de rituel, mais avec des ouzbeks cette fois-ci. Ah ! , il faut être motivé pour passer une frontière dans le coin, à moins que la patience ne soit la meilleure des vertus. De ce côté-ci de la frontière, il faut remplir un formulaire ; heureusement (si je puis dire), il est en russe, car l'ouzbek - bien qu'écrit en alphabet latin - n'est pas ma tasse de thé, et je n'y comprends rien. Nous remplissons une partie du questionnaire et nous nous faisons aider pour la suite. Problème supplémentaire à tout ça, l'éclairage. En effet, dès que le train s'arrête un certain temps, tout le monde se retrouve plongé dans une presque obscurité. La page d'écriture cyrillique terminée, il faut présenter sa copie à l'agent qui a pris place dans le compartiment de Venera. Il baragouine deux ou trois mots, tamponne et signe un feuillet… Les passeports sont rendus, mais le train ne part toujours pas. C'est rageant surtout quand on sait qu l'on se trouve à seulement une dizaine de kilomètres du but, Tachkent.
L'Ouzbékistan
Nous faisons les adieux et une dernière photo de tout le monde. Le train donne son dernier coup de frein. Le quai est noir de monde. Il faut slalomer entre les scènes de retrouvailles et les colis. Nous quittons cette joyeuse pagaille pour se rendre à l'hôtel lokomotiv qui - comme son nom l'indique - se trouve à deux pas de la gare. Pour 16 $ USD, nous voilà logés dans une chambre double SDB et eau chaude. Elle ne coulera jamais, même froide… En m'essayant sur le lit, celui-ci s'enfonce profondément à tel point que j'ai l'impression de toucher le sol. Aimant la literie ferme, me voilà servi ! Pour un prix aussi dérisoire, il ne fallait pas s'attendre à plus de confort. Une fois les passeports enregistrés, nous allons acquérir nos billets pour le train matinal de Samarkand.
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Saksaulsk |
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Aral More |
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Kazalinsk |
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Tiuratam |
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Djusaly |
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Kzyl Orda |
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Chiili |
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Iany Kurgan |
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Turkestan |
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Timur |
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Arys 1 |
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Chengeldy |
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Sary-agach |
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Keles |
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Tashkent |
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