16e jour - Journée du 15 octobre...

Il est 5h30, le bus s’arrête devant un grand portail. La route est barrée, nous arrivons à la frontière. Tout le monde descend ! Les gens s’éveillent dans le bus, sortant d’un piètre sommeil. Il fait froid, très froid, le ciel est bien étoilé. C’est en grelottant que nous récupérons nos sacs. Il n’y a rien aux alentours hormis une file de camions attendant l’ouverture de la frontière. Une mamie nous propose de thé et du café, mais vu le peu d’argent nous restant en poche, il nous faudra refuser, à regret. Commence alors la négociation avec les chauffeurs de taxi pour passer l’ensemble des postes. Nous jetons notre dévolu sur un antédiluvien tas de ferraille qui a dû servir à une lointaine époque de bus. Il n’y reste que quatre sièges. Impossible de se réchauffer, ni de « finir » la nuit tant l’air est glacial. De plus, le chauffeur, surpris de voir des Français dans un tel endroit, tente de plaisanter avec nous sur notre « détresse ». La discussion n’est limitée qu’à de brefs « dodo, classic abtobous, fransousky » et de grands éclats de rire du propriétaire de l’antiquité. Au loin les premières lueurs, tant attendues, commencent à pointer…

Vers 8h10, le premier portail est ouvert donnant accès au modeste et triste village de Korgos (Коргос). Dès la sortie de la bourgade, une autre grille nous barre la route. Nouvelle attente… Nous essayons de nous réchauffer tant bien que mal en déambulant autour du bus. 9h00, ouverture vers le poste. L’attente peut commencer. Nous nous faisons passer devant, ou plutôt bousculer, ce terme étant plus approprié, par des groupes, des opportunistes, des malins… et ce n’est pas finit. Passée cette première cahute, nous faisons une nouvelle fois la queue. Là aussi, priorité aux troupeaux, plus ou moins encadrés, qui ne cessent d’arriver. Il faut avoir les nerfs solides ! Ce sont de jeunes Kazakhs sans uniforme qui essaient de canaliser les troupes, d’établir les priorités. Un ancien nous explique qu’avec quelques billets, la situation peut s’accélérer pour nous. Refusant ce système, nous intervenons énergiquement ; je lance des « kéden ! » (policier – douanier), et là, la situation se débloque, comme par pur hasard. Un agent prend uniquement nos noms et numéros de passeport. Deux heures pour ça… Nous ne cessons de penser à la plage qui nous attend dans quelques jours. Nous la mériterons bien… Nouvelle queue, même passe-droits. Ca devient usant et démoralisant. Christopher arrive à se faufiler quand même. Un des policiers, voyant que nous sommes quatre ressortissants Français, récupère nos papiers. Ca devrait « passer » plus vite. Nous obtenons le précieux coup de tampons au bout d’une heure et demi. Reste la dernière attente, pour passer le no man’s land en minibus. Nous ne patientons qu’une dizaine de minute avant d’embarquer dans la fourgonnette. A mi-parcours, le véhicule passe un pédiluve et est aspergé en prévention d’une éventuelle contamination.

De ce côté-ci de la frontière, tout se passe bien mieux. Il faut remplir un formulaire pour savoir si nous avions pu être en contact avec le virus du S.R.A.S. En tout et pour tout, une demi-heure aura suffit pour accomplir toutes les formalités. Une matinée complète pour passer la frontière ! Epuisant ! Eprouvant !

A peine sortis de tant de tracas administratifs, nous nous faisons harceler par les chauffeurs de taxi, des hommes voulant changer au noir des devises. Pas de répit, à peine le temps de respirer que vous tombe dessus ces « vautours ». Ne voulant pas prolonger cette galère, mais aussi pour retrouver de la tranquillité, nous décidons de louer une voiture et son chauffeur pour rejoindre Ürümqi (à 650 km d’ici), plutôt que d’attendre un hypothétique bus. Pour 1 100 yuans (environ 115 euros), le marché est conclu. Une première voiture nous conduit à la gare routière où nous attend la Honda Accord qui sera du voyage. Nous avalons sur le pouce une énième chachlik et le voyage peut se poursuivre.

Au bout d’une cinquantaine de kilomètres, le paysage devient montagneux. Nous remontons le cours d’un torrent dans de profondes et magnifiques gorges. Il y a beaucoup de similitude avec les vallées afghanes vues à la télé. Les inscriptions sur les panneaux de signalisation sont en idéogrammes chinois et en arabe, rappelant ainsi que nous sommes dans l’ancien Turkestan oriental. Le peuple Ouïgour n’est plus qu’une minorité aujourd’hui, tant les Chinois Hans ont investi les lieux. Quelques mosquées rappellent tout de même ce passé proche.

Après avoir passé un col, le décor change radicalement. Nous longeons le lac de Sayram Hu où nous faisons une halte. Peu à peu, les montagnes s’éloignent pour ne former que deux lointains murs au nord et au sud encadrant une large plaine aride. L’excellente route se transforme en autoroute. Bien que son accès soit interdit aux vélos et aux tracteurs, il faut rester concentré pour circuler dans une circulation aux véhicules hétérogènes. A ce sujet, notre chauffeur pique du nez parfois, et il faut parler fort pour le maintenir éveillé. Régulièrement, une barrière de péage vient rompre la monotonie de ces paysages désertiques. Nous arrivons à Ürümqi aux alentours de 20h00. Il fait nuit noire, mettant ainsi en valeur les puissants éclairages de la ville. Nous indiquons le Xinjiang Electricity Hotel à notre chauffeur. L’établissement est luxueux ce qui nous changera et nous permettra d’oublier la nuit et la journée passées.

Malgré les quelques yuans nous restants (nous n’arrivons pas à en retirer), nous mangeons assez copieusement pour 54 Y dans un restaurant. Nous remettons la visite de la ville au lendemain comte-tenu de la fatigue et du froid vif. Il est vrai que le climat est on ne peut plus continental, la ville d’Ürümqi étant la plus enclavée du monde, l’océan le plus proche étant à 2 390 km !

 

  

Gares

Arrivée

Départ

Train n °

Km

Observations

Korgos

6h00

12h30

Taxi

650

-

Ürümqi

20h00

-

-

-

-


 [Sommaire]